(traduction du Kabyle d’un poème de Lounes Matoub)

Aurons-nous droit de cité au sein de notre peuple,
Ou bien serons-nous courbées à jamais ?
Ceux qui dessèchent notre vigueur
Du droit ont fait un crime.
J’en appelle à toi, Dieu tout-puissant,
Nous sommes réduites au silence, assoiffées ;
Redresse au moins notre sort dernier
* * * * * *
J’ai levé les yeux au ciel
Pour voir mon étoile bannie ;
Si au moins c’était l’hiver, nous aurions dit
Que c’est là une condition échue à tous.
Mais c’est à moi seule que Dieu bat froid ;
Pour moi il n’éprouve que rancune,
Qui me voue d’irrémissibles supplices.
Viens, voile de la honte, et tourmente-moi :
De la sagesse proscris jusqu’à la langue.
* * * * * *
Ils ont terrassé mon honneur
Ils ont piétiné ma dignité ;
Mais toi, mon aimé, prends la fuite ;
Voici tout mon être agonisant.
Et mon cœur saisi de rage
Implore mes forces dernières ;
Ma beauté en est dévastée.
Si ma jeunesse jamais ne s’est épanouie,
Par toi, mes rêves fleurissent
* * * * * *
Chacun s’abrite en sa demeure
Quand surgit l’heure des épreuves.
Sciemment, je t’abandonne, demeure,
L’heure des épreuves dût-elle surgir.
Mère, de grâce ne m’accable pas,
Tu le sais : nous sommes harassées, ravagées ;
L’infortune s’est abattue sur nos épaules.
Vaine est l’attente dans me secours de Dieu.
Les femmes ! Quant aux autres…
(In Lounes Matoub, Mon Nom est Combat, Editions La découverte)
En hommage à notre idole, l’icône de la jeunesse kabyle, Lounes Matoub, lâchement assassiné le 25 juin 1998 par un groupe terroriste. Lounes, t’es pas mort ; dans nos cœurs tu vivras pour l’éternité. Les poètes rebelles ne meurent jamais… Nous t’aimons, tu nous manques terriblement, nous que tu as accompagné avec tes chansons depuis notre tendre enfance. Nous n’imaginions point qu’un jour tu allais partir comme ça à jamais, nous te croyons immortel. Aujourd’hui, nous avons cessé de te pleurer car nous avons appris à te voir chaque jour d’un regard neuf. En outre, t’as toujours été notre plus grand ami que nous n’avons jamais rencontré même durant ton vivant. C’est ce qui nous fait croire justement que ton assassinat est, tout compte fait, ta deuxième naissance. Nous t’aimons, Lounes, nous t’aimons oui ! Nous ne pardonnerons jamais, jamais !, à ceux qui ont osé te tuer, plutôt nous tuer. ULAC SMAH ULAC !



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