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Mercredi 21 Juin 2006

Hommage

Malika Domrane, l'insoumise 

 
Bel hommage que l’association Mohand Ath El Hadj de Azazga rend à la grande vedette de la chanson kabyle, Malika Domrane, les 25 et 26 du mois courant. Cette reconnaissance n’est qu’un couronnement bien mérité d’une artiste hors pair, d’une militante inlassable et d’une vie passée au service de "Taqbaylit" dans toutes ses acceptions.  
D’abord, Malika Domrane vient au monde un certain 12 mars 1956, à Tizi Hibel, village de la Haute Kabylie où ont vu également le jour deux grandes figures de la littérature algérienne, en l’occurrence Fadhma Nait Mansour et Mouloud Feraoun. Dès son jeune âge, elle prend conscience du déni identitaire et de l’amère condition des femmes. Etant doublement victime, elle n’a pas le choix : soit elle pleure son sort et le subit, soit elle agit et résiste. Malika, bien sûr, opte pour la deuxième possibilité qui n’est évidemment pas de tout repos. 
 
Son "incursion" dans le monde artistique qui est jusque-là pratiquement la chasse gardée de la gent masculine, est en soi un acte militant courageux. A l’âge de 12 ans, elle se distingue en remportant un concours de chant alors qu’elle est élève à l’école des sœurs blanches. Au lycée, l’adolescente annonce clairement la couleur, chante dans une chorale d’élèves et compose ses premiers textes. Ce n’est nullement en môme candidement fascinée par le beau monde de la chanson qu’elle agit. Elle a un message, celui d’une militante intellectuelle qui, avec son irréductible esprit d’insoumission, ose exprimer ses opinions sans tenter de les atténuer par des expressions euphémiques. A ses débuts déjà, avec sa voix enjouée, son glamour, sa musique très en vogue, Domrane devient vite une artiste incontournable notamment parmi les jeunes qui rêvent de changement et d’un monde meilleur.  
C’est ainsi qu’elle vient de donner naissance à un phénomène tout neuf dans le monde de la chanson kabyle. En 1969, elle décroche une médaille d’or au festival panafricain.  
Dans ses discours publics, tout comme dans la chanson, Malika est directe, Malika est franche. Sans doute, dans sa vie aussi. Même si elle fait preuve de plasticité, elle n’en démord pas. Elle réclame, entre autres, le droit de chacun à profiter des joies de la vie et exprime un désir ardent de voir sa patrie-mère libérer des tabous et des jougs qui le garrottent. Parmi les thèmes qu’elle aborde dans ses chansons et qui peuvent "choquer" plus d’un, ce qui n’est pas du tout facile à l’époque, on cite l’inceste et l’adultère dans "Ajedjig" (La fleur du péché).  
« Malika Domrane est à la fois une mère de famille, une gardienne de l’identité culturelle et militante de la condition féminine. Elle n’a d’égal qu’elle-même. Elle a chanté des chansons de H’nifa, Taos Amrouche, Bahia Farah, et j’en passe, mais elle se distingue de celles-ci par ce qu’elle a vécu et ce qu’elle pense », affirme Dr. Mohand Soulali, psychothérapeute et sexologue.  
En effet, si l’auteur de « Ay asaru » a le sens de comprendre les femmes, c’est parce que, d’une part, elle est une femme comme elles et, d’autre part, le destin l’a emmené dans un lieu où elle pourra les comprendre mieux que quiconque : l’hôpital psychiatrique de Tizi Ouzou où elle a été infirmière au chevet des femmes malades. « Elles m’ont donné énormément. Elles me racontaient tout. Tout ce qu’on cache, elles me le livraient sans gêne. Elles m’ont beaucoup inspirée dans le choix des thèmes de mes chansons, m’ont appris des poèmes… Pour les faire dormir, je n’avais nulle besoin de somnifère. Je chantais et elle dansaient, entraient en transe, puis sombraient dans un sommeil de plomb », dit-elle.  
Vers la fin des années quatre-vingts, l’Algérie entame péniblement ses premières années de multipartisme et la revendication culturelle berbère occupe la scène nationale. Naturellement, Malika accompagne ses frères de combat du Mouvement culturel berbère.  
En 1994, quelques jours avant l’historique enlèvement du chantre de la berbérité, Lounes Matoub, elle quitte le pays, à son cor défendant, à cause des menaces terroristes dont elle fait l’objet à l’instar de beaucoup d’artistes et d’hommes de lettres du pays. Elle s’installe en France et s’éclipse de la scène publique pendant plusieurs années. « J’ai broyé du noir et fait mon chemin de croix. J’ai fait mes adieux à ma chère Kabylie. Mon viatique se résumait à une angoisse atroce qui me tenaillait les entrailles ; j’avais le choix de mourir ou de partir et mourir à petit feu loin en terre étrangère », révèle-t-elle. Et comme un malheur n’arrive jamais seul, l’assassinat de Lounes Matoub, un ami à elle de longue date, vient remuer le couteau dans la plaie.  
Le 29 janvier 2005, au grand bonheur de ses admirateurs, elle revient de plus belle et donne un concert mémorable à Montréal. Depuis, elle enchaîne spectacle sur spectacle, en France, en Italie et en Algérie et elle réalise que sa popularité demeure intacte. C’est un nouveau souffle, une seconde jeunesse.  
Voilà bien une vie riche en événements sur laquelle se pencheront sans doute de nombreux auteurs. «Je n’ai rien gagné, j’ai au contraire tout donné à l’art, mais je suis heureuse et satisfaite parce que j’ai la force de la conviction. Le plus important est que je n’ai jamais baissé les yeux devant une personne », déclare-t-elle.  
Enfin, une pléiade d’artistes kabyles des deux générations, de nombreuses personnalités du monde culturel et politique, des amis (es) et des admirateurs (trices) de l’artiste, se sont donnés rendez-vous le 25 et le 26 à Azazga pour rendre un vibrant hommage à Malika Domrane de son vivant.  
                                                                                                                                               Karim Kherbouche 
                                                                                                                                               La dépêche de Kabylie 
                                                                                                                                               du 25 mai 2006 
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 En hommage à Nadia Matoub et à toutes les femmes du monde qui se battent pour leur dignité

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