Entretien avec Arezki Kherbouche, un tambourin de la vallée de la Soummam

Qu’est-ce qui fait le label des tambourins de " la Vallée de la Soummam " (Ath Abbas), qu’ont-ils donc de particulier ?
Il me semble que nous sommes appréciés en raison de la variété des styles que nous interprétons. Outre les nombreux styles kabyles, nous touchons à d’autres styles allant de la Tunisie jusqu’au Maroc.
Par ailleurs, nos troupes sont constituées de deux flûtistes (lghita), un tambourinaire et un joueur de bendir (abendayer). Le rôle du bendir est crucial, il est le trait d’union entre la flûte et le tambourin. Dans certaines régions de la Kabylie, on se passe de cette instrument à percussion, on le remplace par un deuxième tambourin. Je crois que toute la différence est là.
Citez-nous justement quelques styles traditionnels kabyles ?
Il en existe une bonne quinzaine, je cite : zzendani, heddi, lkhil, tagmarine, rwah tsoughaline, berwali…
Dans la tradition, chaque moment de la fête a un style propre à lui. Il y a des chansons qui sont conçues pour l’entrée en scène (taqaats) de la troupe, d’autres pour le henni, d’autres pour l’arrivée de la mariée à la demeure de son mari, etc. Par exemple, à la sortie de la marié du domicile parental, nous interprétons " neggwi-ts a yemma-s, Rebbi a’kem-isebber fell-as " (Nous l’avons emmenons avec nous (la mariée), nous implorons Dieu d’apporter de la patience à sa mère).
Au fait, chaque fête est une fête nouvelle pour nous. Avant de rentrer en scène, nous essayons de voir à quel type de public nous avons affaire pour savoir quelles musiques nous allons interpréter et comment gérer la soirée.
Quelles sont les musiques que le public vous demande le plus ?
Dans la vallée de la Soummam, il y a " zzedani " et " tagmarine " ! (rires).
Quel est le chanteur dont vous interprétez le plus de musiques ?
Lounis Ait-Menguellet ! Peut-être parce qu’elles sont simples et connues de tous. Quand on connaît une chanson, on danse mieux.
Qu’est-ce que vous aimez dans une fête ?
Personnellement, c’est faire danser les vieilles personnes ! La réussite d’une fête en dépend !
Qu’est-ce que vous craignez dans une fête ?
Oh ! Les ivrognes et leurs bagarres !
Une troupe de tambourins est constituée de quatre membres, pourquoi pas plus ou moins?
C’est la tradition, c’est comme ça. Ces dernières années, vu que nous travaillons beaucoup, nous faisons appel à un cinquième élément polyvalent soit pour remplacer, soit pour s’occuper de la gestion de la troupe (finance, contacts, etc.).
Selon vous, quel est le meilleur tambourinaire?
Les regrettés Amar Ouziri, fondateur des tambourins de la Soummam, qui est une référence indétrônable en la matière et Messaoud Ferhat. Quant aux flûtistes, il y a l’inoubliable non-voyant Salem Oulaaziz.
Enfin, que pensez-vous des Disc-jockeys !?
Franchement, je ne suis pas adepte car cela tue notre tradition millénaire à petit feu. Néanmoins, je pense qu’il n’y a pas le feu au lac, les gens renouent avec notre culture, avec de légers changements et c’est tout à fait normal !
Propos recueillis par
Karim Kherbouche





