Les tambourins reviennent en force
Les fêtes de mariage ne se passent plus d’eux, les tambourins (Idhebbalen) de Kabylie sont plus que jamais de retour. Cet engouement pour ces troupes traditionnelles trouverait son explication, en premier lieu, par le besoin de la population de revenir aux origines pour reprendre ses forces morales. Pour cause, de nos jours encore, nombre de citoyens établis à l’étranger préfèrent organiser la cérémonie de leur mariage dans leur village ou ville d’origine afin de lui donner un cachet traditionnel. "Ce qui fait la force et le charme de la célébration d’un mariage, c’est justement cet aspect traditionnel. A mon sens, quelque soit l’évolution que peut connaître notre société, la fatiha de l’imam et les tambourins doivent demeurer incontournables ", pense un jeune émigré.
En outre, animer une soirée par une troupe traditionnelle est plus pratique car cela ne nécessite ni de l’électricité, ni de vraie scène non plus. Il suffit de quatre chaise, d’un espace pour danser et des bancs de fortune pour le public et le tour est jouer ! Et plus l’espace est rétréci, plus l’ambiance est grande !
Habillés de costumes traditionnels de couleur blanc burnous, chachias et turbans, ils sont facilement reconnaissables parmi l’assistance. Leur troupe est composée de quatre instrumentistes : généralement deux flûtistes, un tambourinaire et un joueur de bendir. Au début de la soirée, on les entend avant même leur entrée en scène avec leurs préludes (achewwiq) suivis de youyous de femmes. Quelques instants plus tard, on les voit arriver en marchant très lentement, ils font quelques tours pour rassembler l’assistance et mettre de l’ambiance, avant de s’asseoir sur des chaises, les deux flûtistes derrière et les percussionnistes en avant. Les gens dansent alors par groupes, entrent en transe à faire soulever un brouillard de poussière ! On n’hésite pas à mettre la main à la poche et danser les billets de 200, 500 et 1000 dinars en main qu’on remet à la fin de chaque séance de danse aux musiciens. Si un danseur jette un foulard sur une personne parmi l’assistance, celle-ci est sommée de lui remettre de l’argent (en billet, pas de pièces!) de crainte d’être traitée de faire preuve d’avarice. L’argent collecté est généralement soustrait de la somme que doit verser l’organisateur de la fête. Certaines soirées durent jusqu’au petit matin et les danseurs ne s’en lassent point.
Dans certaines régions, les fêtes sont mixtes, les femmes et les hommes partagent la même scène ou bien ils dansent tour à tour. Dans d’autres villages, les femmes et les hommes sont séparés pendant la fête : les tambourins chantent uniquement pour les hommes et les femmes animent elles-mêmes leur soirée : elles chantent, battent des mains, accompagnées d’un ou de plusieurs bendirs (Ourar lkhalat) et dansent à l’abri des regards des hommes. Il y a aussi des villages où les tambourins se produisent d’abord pour les hommes jusqu’à minuit, l’heure à laquelle ils interprètent la chanson " Bqa aal khir " (Au revoir) et les invités étrangers au village rentrent de fait chez eux pour permettre au reste de l’assistance de regagner la demeure du mari où l’attendent les femmes et la soirée redevient mixte !
Signalons que, ces dernières années, les troupes de tambourins sont de plus en plus nombreuses et contrairement au passé, elles sont généralement composées de jeunes hommes. Les gens font appel à eux pour l’animation de presque tous les événements festifs : mariage, circoncision, fiançailles, réussite aux examens, et j’en passe. Pendant l’été, saison des mariages, ces troupes ne connaissent pas de moment de répit. Une troupe peut animer jusqu’à 70 fêtes de mariage et chacun des musiciens peut gagner jusqu’à 400 000 DA pendant la période estivale! L’animation du cortège de la mariée est pour 15000 DA et la soirée coûte entre 12000 et 20 000 DA.
Enfin, rappelons qu’il y a quelques années, ces troupes traditionnelles se sont éclipsées et l’animation des fêtes par les chanteurs avait pris une allure de mode, notamment dans les années quatre-vingts. Comme par enchantement, les tambourins ont repris leur place et ce, de manière beaucoup plus forte que le passé.
Par Karim Kherbouche





