Les bijoux kabyles
Leur particularité est la présence d’émaux de couleurs différentes (bleus, verts, jaunes pour les pièces récentes) qui contrastent avec le rouge vif du cabochon en corail serti. L’émail est une poudre qui se compose en général de sable, de minium, de potasse, et de soude finement broyés. A température élevée, il se vitrifie. Les différents oxydes utilisés pour le teinter sont :
l’oxyde de chrome pour le vert foncé translucide,
La préparation en est complexe et de nos jours, les artisans se contentent d’acheter des émaux prêts à l’emploi. La technique de l’émaillage pratiquée en Kabylie revêt un caractère particulier qui consiste à délimiter les parties des bijoux destinées à être colorées. Pour cela des fils en argent sont soudés sur une plaque d’argent. Ils délimitent des compartiments qui reçoivent les émaux. En outre une concentration plus ou moins importante de substance colorante permet d’obtenir des couleurs plus ou moins vives ou plus ou moins sombres, mais la marge de manœuvre du bijoutier est très étroite. Après un séchage à l’air ambiant, la pièce de bijouterie est placée dans un four. Les émaux ne prendront un aspect brillant et lumineux qu’après avoir été refroidis. La moindre erreur de dosage ou de température peut entraîner une catastrophe. Trop concentré ou au contraire trop dilué, le colorant ne cristallise pas ou donne un résultat médiocre. De plus aucune reprise n’est possible. Cependant, l’artisan a une très grande connaissance de son travail et il rate rarement une pièce, allant même jusqu’à obtenir de très subtiles variantes de couleurs.
chevillere
Outre l’émaillage l’artisan utilise d’autres techniques telles le filigrane, la granulation, l’incision et la gravure sur plomb. Pour la soudure, l’artisan kabyle utilise différents titrages d’argent. Le corps du bijou est en argent pratiquement pur (titrage supérieur à 900 millièmes). Pour les soudures les alliages utilisés vont de 831 millièmes à 475 millièmes d’argent par partie (la partie restante étant du borax et du cuivre) et le bijoutier utilise cinq alliages de titrages décroissants. Leur température de fusion va de 830° à 700°c. S’il multiplie les soudures, l’artisan doit en effet utilisé des alliages dont le titrage est de plus en plus faible et dont le point de fusion est de plus en plus bas. Ceci signifie que lorsqu’il fait une soudure, il est capable d’évaluer à moins de trente degrés près la température de sa lampe à souder, sans quoi il dégraderait gravement le bijou qu’il travaille. La température optimale de soudure d’un alliage étant d’une petite dizaine de degrés au-dessus de son point de fusion, l’atteindre est un véritable exploit d’autant que la lampe à souder est le plus souvent artisanale. Malgré ces contraintes extrêmes, l’artisan kabyle rate très rarement une soudure, sachant obtenir la température optimale. Plus qu’un artisan, il est un artiste du feu !
Les bijoux kabyles typiques sont les suivants [1] :
Akkelkhal

L’ihelhalen (chevillères) qui peut être de grande dimension (jusque treize centimètres de haut.) Il se distingue par une absence de décoration émaillée sur le corps principal de l’objet. Celle-ci est réservée aux plaques qui recouvrent le crochet de fermeture. Le travail de décoration se fait par incision et par gravure sur plomb. Un gros cabochon de corail ceint de boules en argent vient compléter l’ornementation de la chevillère. Il faut ajouter qu’en petite Kabylie existe une technique très particulière de bracelets d’argent moulés qui ressemblent à ceux des Aurès.
Les origines des bijoux kabyles restent très discuté. Les techniques de fonte et de moulage de l’argent remontent de toute évidence à l’antiquité, voire à la préhistoire. Bien des décorations, et plus particulièrement les pendeloques, ressemblent à s’y méprendre à celles connues de la fin de l’Age du Fer et de l’Age du bronze en Afrique du Nord. On sait maintenant que ces techniques se sont maintenues durant l’antiquité, et qu’elles étaient courantes dans toute l’Afrique du Nord. La bijouterie de petite Kabylie, proche sur de nombreux points de celle des Aurès, en est l’héritière directe. L’origine des bijoux de Grande Kabylie est une question beaucoup plus complexe.
broche.epingle
Il est certains que l’origine de l’armature des bijoux est très souvent antique. C’est le cas des bracelets, de certaines fibules, de nombreuses boucles d’oreilles. Leur ornementation pose de toutes autres qiestion. On a pensé un temps que l’utilisation de l’argent filigrané et des coraux était due à l’invasion barbare des Vandales, dont bien des bijoux sont proches. Cette hypothèse se heurte à des difficultés considérables : les Vandales n’ont jamais pénétré en Grande Kabylie, et ils ont même été chassés d’Afrique du Nord par la résistance des princes Imazighen. On ne voit donc pas comment ils auraient pu influencer la bijouterie kabyle. On sait maintenant que ces techniques, introduites par les Vandales et les Wisigoth, connurent un grand succès en Espagne, et qu’elle s’y maintinrent après la conquête musulmane. C’est aussi sous les musulmans andalous que la technique des émaux fut mise définitivement au point. De 1609 à 1614, la reconquête de l’Espagne par les chrétiens entraîna l’exil d’au moins deux cent milles personnes. Elles s’établirent au Maroc, en Algérie centrale, en Kabylie et en Tunisie. On pense fortement que cet exil massif amena de nombreux bijoutiers, et notamment des juifs en Afrique du Nord. Ils y auraient introduit leur savoir-faire. Un autre argument plaide en faveur de cette hypothèse : on ne retrouve dans cette bijouterie que très peu de symboles Imazighen, contrairement à la poterie ou au tissage. Jusqu’à un temps très récent (vers 1950) certains bijoutiers marocains produisaient des pièces émaillées qui ressemblaient beaucoup aux bijoux kabyles.
L’existence de bracelets et de chevilléres à fermoir à aiguille, dont on sait qu’ils remontent à la préhistoire, n’est pas contradictoire : il est fort probable que les imazighen ont conservé les modèles anciens de bijoux pour l’armature, et ont intégrés les nouvelles techniques pour la décoration. Les bijoux kabyles sont sans doute les héritiers d’un ensemble de techniques qui vont de la préhistoire au Moyen Age.
http://perso.wanadoo.fr/michel.behagle/ [1] Les dénominations données ici en langue amazighe sont données à titre indicatif, d’autant qu’il s’agit de transcription. Selon le type de bijoux, de nombreux termes existent. Ceci est également vrai pour les bijoux des Aurès. Aussi, dans les diaporamas, vous trouverez souvent des termes différents, parce qu’ils s’appliquent à des types de bijoux bien particuliers.
Cliquez ici pour voir des images de bijoux kabyles: http://www.amazighblog.over-blog.com/categorie-238169.html






