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Aseggas ameggaz 2008 ! Bonheur, chance et paix pour toutes et tous 

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Mercredi 01 Novembre 2006

 

Constat : il y a de plus en plus de jeunes filles qui, dans l’enceinte même des établissements scolaires, optent pour des tenues vestimentaires branchées révélant dans certains cas une nudité osée. Les uns trouvent ce type de tenues au-delà de la décence scolaire, d’autres soutiennent en revanche que c’est au système éducatif de prendre en charge les donnes de ce qu’ils considèrent comme  nouvel ordre moral. Enquête.

«Je m’habille comme je pense »

 

Le phénomène de la mode envahit collèges et lycées et rares sont encore les jeunes filles qui y résistent. «Aux heures d’entrée et de sortie des élèves, j’ai l’impression d’assister à un vrai défilé de mode : toutes les marques de vêtements branchées qu’on voit à la Télé passent dans la rue !», ironise un jeune homme que nous avons croisé à la rue du Vieillard. Percings, bijoux, fringues collants, décolletés, maquillage, sacs, et j’en passe, les adolescentes de la ville des Hammadites ne se privent de rien pour se faire belles et se mettre en valeur. 

 

«Il est navrant de savoir que d’aucuns nient royalement que, grâce au développement des moyens de communication, le monde est devenu une sorte de petit village. Nous ne sommes pas à l’abri de la société de consommation occidentale. Pour une jeune fille que je suis, se sentir d’actualité, c’est justement être au diapason de cette même société. Comme cela a été le cas, plus ou moins, pour les générations qui nous ont précédé. A chacun son époque. Nul n’a le droit au nom d’une morale quelconque de nous interdire le droit d’être tout simplement ce que nous sommes en tant que jeunes filles de l’an 2006. Contrairement, à ce que pensent ces misonéistes, personnellement, j’adore porter des vêtements chics et branchées mais je suis une fille qui a des valeurs aussi», s’insurge une élève du lycée Polyvalent qui se réclame de « papicha et fière de l’être ».

Les responsables des établissements scolaires que nous avons approchés ne savent plus de quelle manière appréhender la problématique et quelles mesures prendre. Excepté de timides rappels à l’ordre dont font l’objet les jeunes filles, les comportements vestimentaires en milieu scolaire sont encore fonction de l’appréciation de ces fonctionnaires. Certains d’entre eux pensent qu’il ne s’agirait pas d’asseoir un règlement intérieur exigeants une tenue « correcte » dans les écoles mais de faire appel aux spécialistes afin de mieux adapter l’école aux exigences de la modernité. «Le problème est d’ailleurs universel et c’est le monde entier qui recherche les voix et les moyens à même moraliser l’école sans recours à la répression. On peut constater aussi que même le corps enseignant et pédagogique n’échappe pas à la fièvre de la mode  

Immoralité ou anachronisme ?

 

«Qu’on cesse d’être parano et rigoriste à outrance, car cela ne change pas les problèmes. Avant tout le dialogue et l'écoute avec les parents. Certes, ce n’est effectivement pas facile, mais c'est cela d'être parents et c’est aux parents en premier lieu de mettre les limites sans pour autant tout interdire bien sûr. Après, évidemment, c’est à elles et à elles seules de choisir comment elles vont s'habiller plus elles vont avancer en âge. En outre, qu’on arrête de répéter à tout bout de champ "mode lolita partout à tous les coins de rue" ! Je suis certaine qu’il y a peu de filles qui portent ces habits « anormaux » et c’est à nous de les protéger. Ce dont je suis sûre, c’est que dans quelques années, quand ces filles auront vieilli, elles se verront sur des photos de lycée et se diront sans doute qu’il y avait un peu de vrai dans les conseils que leurs parents leur donnent aujourd’hui», constate une enseignante de littérature arabe. 

 

Le fait est que, de nos jours, il n’est pas si aisé qu’on le pense de déterminer la « norme vestimentaire adéquate » à l’intérieur des établissements scolaires à moins que l’on plaide pour l’obligation de l’uniforme scolaire, soutient un enseignant de philosophie. Pour lui, la répression des comportements vestimentaires qui « sortent des sentiers battus » et que l’on juge « anormaux » n’est qu’une atteinte flagrante à la liberté individuelle.

«Derrière chez moi, il y a un lycée ! Les jeunes filles qui y étudient se promènent à longueur de journée avec des décolletés jusqu'au nombril, des jeans collants, même leurs blouses sont dépourvues de manches ! Je ne suis pas prude, mais là je suis choquée comment on peut laisser sa fille sortir comme ça. Soit je me fais vieille, soit je ne suis plus à la page, mais je trouve ça indécent !», vocifère une jeune dame. Et de poursuivre : «Il est loin le temps où on embarquait du maquillage pour se maquiller dans les toilettes du lycée car nos parents nous interdisaient de sortir comme cela. Je l'ai fait quand j'avais 18 ans. Aujourd'hui, les ados achètent leurs vêtements avec leurs mères qui sont fières de voir leurs filles se fringuer grossièrement et après, on s’étonne que les adolescentes soient victimes d’attouchements et de violences sexuelles. Elles oublient qu’une fille peut être jolie sans pour autant être vulgaire. A mes yeux, seule compte la beauté intérieure ».

Selon A. Naima, avocate, la question dépasse le cadre pédagogique et est inhérente à la situation actuelle de notre pays qui se cherche sur tous les plans. « Il fut un temps, nous souhaitions faire rentrer la vie dans l’école et aujourd’hui il faudrait interdire à la vie d’en franchir la porte. La tenue vestimentaire dans l’école, les entreprises et la société, n’est que le rideau de fumée qui permet à des réactionnaires d’avancer cachés et de faire progresser leurs idées en recherchant l’adhésion d’une majorité sur des points limités de leur programme », déclare-t-elle.

 

Les parents dépassés

Les parents à revenus faibles ou moyens qui ont des filles scolarisées ont du pain sur la planche ! Elles choisissent elles-mêmes leurs fringues et refusent de porter des habits « simples » au risque de devenir la risée de leurs camarades. Seuls les marques de vêtements branchés, souvent excessivement chers, ont le droit de cité chez les adolescentes. Les parents se doivent eux aussi de faire comme tout le monde pour ne pas frustrer leurs filles. Il suffit de faire un tour dans les magasins de vêtements pour femmes et voir les prix qui sont affichés pour imaginer l’ampleur du problème chez ces parents.

 

Dur dur d’être belle !

Etre belle et élégante n’est pas toujours un avantage, c’est plutôt un lourd fardeau à supporter lorsque l’on est élève. «Pour mes camarades, quand j’obtiens une bonne note chez un prof de sexe masculin, on a toujours une arrière-pensée sur moi. Ceci m’agace et influe négativement sur mon rendement scolaire. Chez nous, une fille belle est systématiquement accusée de mauvaise conduite, car, selon certaines personnes, c’est une fille qui ne pourrait pas résister à la tentation et on lui invente alors des histoires de toutes pièces pour salir sa réputation et la pousser à commettre l’irréparable si elle n’est pas suffisamment forte de ses principes », confie une élève au lycée Hafsa d’Akbou. Nombre de ces filles que nous avons approchées se disent outrés par ces préjugés et cette incompréhension dont elles sont victimes. 

Et à propos des tenues traditionnelles…

De nos jours, excepté chez une infime minorité de femmes, les jeunes filles ne portent pratiquement la robe traditionnelle kabyle connue à Béjaia qu’à l’occasion des fêtes et des soirées familiales. Le voile (hidjab) a fait une timide apparition ces dernières années sous ses diverses formes. Même ce vêtement censé cacher la nudité de la femme fait désormais partie des effets de mode chez les jeunes filles.    

En conclusions, « en fait, l’habit ne change rien, sinon pas grand-chose, le problème est certes multidimensionnelle, mais l’éducation de nos enfants à la maison et à l’école demeure le seul garant de leur bonne conduite », pour reprendre les dires d’un parent d’élève.

Enquête de Karim KHERBOUCHE

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 En hommage à Nadia Matoub et à toutes les femmes du monde qui se battent pour leur dignité

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