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Aseggas ameggaz 2008 ! Bonheur, chance et paix pour toutes et tous 

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Mercredi 06 Décembre 2006

Soumeur, le havre de paix

Faire la démente, être considérée comme une contestataire infréquentable, c’était le prix de la liberté à payer et Lala Fatma assuma pleinement son choix parce qu’armée d’une inébranlable conviction. Désormais, elle pouvait sortir où elle voulait à partir du moment où « elle n’est pas normale » et donc pas blâmable aux yeux des autres. Profondément blessée mais jamais déçue par les siens ; elle les comprenait et elle croyait dur comme fer qu’elle pouvait les changer. Et elle finira bien par les changer et leur inculquer tout une autre image de la femme. Pendant un certain moment, la resplendissante et courageuse jeune femme devint solitaire et elle soliloquait à tout bout de champs. Lorsqu’on la croisait sur son chemin, on s’écartait pour la laisser passer. En dépit de cette « mise quarantaine » qui ne dit pas son nom, elle demeura forte et ne se laissa pas gagner par la lassitude. Elle se savait différente et aussi courageuse. En fait, n’était-elle pas à l’image de l’une de ses aïeules, en l’occurrence Dihia, communément appelée Kahina, la reine berbère qui se battit bec et ongle pour la liberté de son peuple ? C’est le cas de le dire, car, comme disait le chanteur Matoub, même lorsque l’on perd son sang, l’atavisme se régénère !

Contre toute attente, les villageois remarquèrent la jeune femme faire la prière et réciter des versets coraniques. C’était la surprise générale. «Comment une personne qui a perdu la raison peut-elle savoir lire ? », s’étonnait-on. On pensait alors que vraisemblablement la foi lui avait été communiquée par des forces occultes. En fait, Lala Fatma qui avait une capacité de mémorisation exceptionnelle, avait appris la pratique religieuse grâce, entre autres, à son père qui enseignait la religion.

Depuis, on voua à Lala Fatma un respect et une admiration sans limites. Les jeunes femmes se ruaient dans sa maison pour l’écouter parler. Elle était d’une éloquence telle qu’on écoutait religieusement chaque bribe de ses paroles. Lala Fatma devint vite une véritable école pour les jeunes villageoises qui n’avaient pas la chance d’aller à l’école. Elle fut aussi le sujet favori des villageois.

A Soumeur, loin de la tyrannie de son frère aîné, Lala Fatma retrouva la quiétude et la sérénité qu’elle recherchait tant. L’affection qu’éprouvait son frère Si Tahar pour elle la rassura et lui redonna confiance. Elle s’absorba dans une profonde réflexion. A Ouerja et dans toute les tribus Zouaoua, le nom de la jeune héroïne fut déjà connu de tous. A Soumeur, on lui réserva un accueil princier. Elle fut presque considérée comme une sainte et grâce à elle, Soumeur devint le lieu de pèlerinage des habitants des villages avoisinants qui venaient la voir, l’écouter et quémander de l’aide pour surmonter leur difficultés quotidiennes. Elle était une espèce de baume aux cœurs des pauvres paysans.

Lala Fatma retrouva ainsi sa bonne humeur en se sentant admirée de tous. Sa popularité ne cessa d’aller crescendo et ses paroles furent prises pour des recommandations. Ses adeptes se comptaient parmi les femmes et les hommes.

Un cauchemar qui devient réalité

Nous sommes aux environs de 1850. Les militaires français avaient déjà pacifié une bonne partie du territoire algérien. Dans leur progression, un plan luciférien pour venir à bout de la Kabylie fut concocté par l’état major et les plus redoutables des chefs militaires français de l’époque. Pour les habitants de cette région au relief montagneux, la menace colonialiste était conçue comme l’épée de Damoclès.

Un matin, Lala Fatma appela en urgence au rassemblement de tous les villageois. Elle leur annonça une nouvelle grave. Elle leur déclara : «Mes frères, l’heure est grave et le danger que nous craignons tant est sans doute imminent. Hier soir, en dormant, j’ai fait un cauchemar. J’ai vu des troupes de soldats envahir nos montagnes, brûler tout sur leur passage, tuer impitoyablement hommes, femmes et enfants. Ils étaient armés jusqu’aux dents et cherchaient à nous réduire à néant. Nous devons nous mettre main dans la main et nous préparer à organiser la résistance ».

L’appel lancé par Lala Fatma N’Soumeur se répandit telle une traînée de poudre dans toute la région et des hommes furent chargés d’organiser les villages et de fabriquer des armes. C’était une véritable armée qui se constitua vite. Lala Fatma fut de fait le chef de file de ce mouvement et ses discours galvanisèrent les moudjahidine qui juraient par tous les Saints de faire de la Kabylie le tombeau du colonialisme français.

Le rouleau compresseur

Depuis son débarquement à Sidi Fredj le 05 juillet 1830 et après s’être débarrassée du Dey Hussein et de ses autorités qui retournèrent en Turquie, leur pays d’origine, l’armée française avança peu à peu dans sa stratégie de colonisation. Les autochtones firent malgré tout face à des militaires super bien organisés en n’étant armés que de l’amour de la patrie. Les algériens se battaient partout et avec les moyens du bord pour repousser l’envahisseur. A l’ouest du pays, les troupes du vaillant Emir Abdelkader livraient bataille sur bataille aux militaires français. Mais devant l’irréductibilité de l’armée du conquérant, toutes les résistances furent vouer à l’échec et leur meneurs sont soit exécutés, soit emprisonnés dans des conditions effroyables. Beaucoup furent expatriés et d’autres portés disparus et on ne retrouve plus de traces d’eux à ce jour.

Les autorités françaises tenaient à mobiliser les gros moyens car l’Algérie représentait beaucoup à leurs yeux, notamment sur le plan économique et géostratégique. Elles mirent en branle toute la machine de guerre avec son infanterie, sa cavalerie et son artillerie, pour la conquête de l’Algérie. Une guerre terrible fut livrée aux autochtones par les militaires français dirigés, entre autres, par les sanguinaires Maréchaux Randon, Bugeaud, le général Patrice de Mac Mahon, le capitaine Beauprêtre que les autochtones appelaient Boubrit… Villes et villages furent livrés au pillage et à la destruction, des milliers de morts, de blessés furent enregistrés dans les deux camps.

Les troupes conquérantes avancèrent et toute localité « francisée » fut désormais rebaptisée au noms français. Ainsi, par exemple Tidjelabine porta le nom de Belle-Fontaine, Nacéria devint Haussonvilliers, Tadmaït Camp Maréchal, Tizi N’Ath Aicha (Thénia) Minerville, Ain El Hammam Michelet, Larbâa Nath Irathen Fort-Napoléon puis Fort-National (Après la chute de l’empire de Napoléon III), etc.

En route en direction de la Kabylie , les militaires français s’attendaient à faire face à une riposte des plus féroces des habitants de la région. Néanmoins, ils seront frappés de stupéfaction en découvrant la capacité d’organisation et le courage de la population autochtone. De nombreuses études de spécialistes (d’officiers de l’armée, de sociologues, d’écrivains…) avait été menées sur la région pendant des années avant de passer à l’action militaire. Avant de découvrir, à leur grande surprise, la grande héroïne Lala Fatma N’Soumeur, les troupes armées étrangères rencontrèrent là où ils passèrent une résistance intraitable des moudjahidine qui leur infligèrent des défaites auxquelles elles ne s’attendaient nullement. Le relief accidenté et les massifs forestiers de la région compliquèrent davantage la tâche aux soldats français.

Des affrontements meurtriers où l’armée française perdit un grand nombre d’hommes eurent lieu à Thénia, Bordj-Ménaïel, Nacéria, Tadmaït, Azazga, Oued Aissi, … Mais, jusque-là, Lala Fatma était encore la grande inconnue des militaires et des autorités françaises.

Pour anecdote, Azazga ou Iaazouguène qui veut dire les sourds en Kabyle doit son nom, dit-on, au Maréchal Randon qui envoya une délégation pour négocier un libre passage à Azazga avec le président de la Confédération locale. La réponse des autorités autochtones fut catégorique et sans équivoque: « Dites à votre Maréchal que vous n’avez pas d’ordre à nous intimer et que nous refusons d’écouter ses paroles car nous ne sommes pas des traîtres ! ». Randon rétorqua : « Puisqu’ils demeurent sourds à la voix de la raison, je leur ferai entendre celle du canon ! ».

A suivre…

Karim KHERBOUCHE

publié par Karim Kherbouche dans: A vos plumes !
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